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jeudi, 20 septembre 2012

L'Egalité, c’est aussi l’égal accès à la Gestation pour autrui (GPA) et à la filiation

En France, les couples de femmes qui veulent fonder une famille et donner naissance à un enfant ne peuvent pas bénéficier d’une assistance médicale à la procréation (AMP). Elles doivent se rendre à l’étranger, par exemple en Belgique, en Espagne ou aux Pays-Bas. Seules les femmes vivant depuis au moins deux ans avec un homme infertile ou porteur d’une maladie génétique peuvent, selon la loi française, bénéficier d’un don de gamètes et d’une insémination artificielle ou d’une fécondation in vitro. L’État doit abolir cette discrimination et ouvrir à tous les couples sans exception l’assistance à la procréation.

Le droit pour chacun de faire aboutir son projet parental ne peut pas s’arrêter à des discriminations sexuelles, et l’AMP doit s’accompagner d’une autorisation de la Gestation Pour Autrui (GPA), seul recours des hommes gays.

La GPA est légale et encadrée dans de nombreux pays : Royaume Uni, Danemark, certains états des États-Unis, Afrique du Sud, Australie, Brésil, Canada, Corée, Géorgie, Grèce, Hong-Kong, Israël, Roumanie, Russie,... Ni la Belgique, ni la Nouvelle Zélande, ni les Pays Bas ou encore ni la Slovaquie ne l’interdisent.

L’interdit français de la Gestation Pour Autrui (GPA) conduit un nombre croissant de personnes à l’exil. L’Administration française les persécute lors de leur retour et pire encore celui de leurs enfants.

Les consulats français qui suspectent une GPA (pourtant réalisée dans un pays où elle est légale), refusent régulièrement de délivrer un passeport aux nouveaux nés pour permettre leur retour en France. Apatrides, ces enfants et leurs familles sont maintenus dans des situations précaires en exil. L’État est ainsi responsable de ruptures familiales graves, de conséquences personnelles douloureuses et désastreuses pour les familles.  Nous devons dénoncer l’hypocrisie de cette situation qui permet à l’Administration française de prendre en otage des enfants nés par GPA, de broyer leurs familles, et d’obliger les parents à des démarches judiciaires longues et coûteuses.

Maintenir cette interdiction ne va-t-elle pas inciter davantage le « tourisme procréatif » à la recherche d’une mère porteuse vers des pays où cette pratique est encadrée ou simplement autorisée ? Légiférer pour encadrer la gestation pour autrui ne serait-elle pas la meilleure façon de circonvenir le risque de marchandisation du corps humain et d’exploitation des femmes ? Continuer de prohiber cette pratique ne risque t’il pas d’entraîner les citoyens vers des pratiques peu éthiques ?

L'Egalité, c’est aussi l’égal accès à la PMA et à la filiation. Le projet de loi gouvernemental relatif à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et à la reconnaissance de l’homoparentalité, qui sera présenté le 31 octobre prochain en Conseil des Ministres, devra intégrer également ces problématiques. Le Gouvernement ne peut se contenter du service minimum.

samedi, 20 août 2011

Des politiques carcérales injustes et criminogènes, par Loïc WACQUANT, in Punir les pauvres : le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale.

Gavées de discours apocalyptiques sur l'insécurité, l'Europe et la France se sont engagées dans le sillon américain de la privatisation des prisons et se sont lancées dans une escalade pénale. L'incarcération est devenue l'arme absolue pour lutter contre les désordres urbains et sociaux. Elle frappe en premier les couches les plus défavorisées. Non seulement elle ne règle aucun problème, mais elle devient un instrument de paupérisation et de marginalisation.

Par Loïc WACQUANT Professeur à l’université de Californie. Berkeley. et à la New School for Social Research, New York.

Ce texte est tiré du dernier chapitre de Punir les pauvres : le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale.

En juin 2003, la population carcérale française a dépassé le cap des 60 000 détenus pour 48 000 places, record absolu depuis la Libération. Insalubrité, vétusté, promiscuité poussée au paroxysme, hygiène catastrophique, carence des activités de formation et de travail ravalant la mission de « réinsertion » au rang de slogan aussi creux que cruel, montée des incidents graves et des suicides (leur taux a doublé en vingt ans) faisaient alors l’objet de protestations unanimes. Sans réaction notable de la part des autorités, soucieuses d’afficher leur volonté de combattre ce que le chef de l’Etat - qui s’y confiait en la matière -appelait avec courroux l’« impunité ». Là où la gauche dite « plurielle » pratiquait une pénalisation de la misère honteuse et larvée, la droite républicaine assume son choix d’endiguer les désarrois et les désordres sociaux qui s’accumulent dans les quartiers de relégation minés par le chômage de masse et l’emploi flexible en déployant l’appareil répressif avec vigueur et emphase. Faire de la lutte contre la délinquance de rue un spectacle moral permanent permet en effet de réaffirmer symboliquement l’autorité de l’Etat au moment même où celui-ci se rend impotent sur le front économique et social.

Mais se servir de la prison à la manière d’un aspirateur social pour nettoyer les scories des transformations économiques en cours et faire disparaître de l’espace public les rebuts de la société de marché - petits délinquants d’occasion, chômeurs et indigents, sans-abri et sans-papiers, toxicomanes, handicapés et malades mentaux laissés pour compte par le relâchement du filet de protection sanitaire et sociale, jeunes d’origine populaire condamnés à une (sur)vie faite de débrouille et de rapine par la normalisation du salariat précaire -est une aberration au sens propre du terme, c’est-à-dire, selon la définition du Dictionnaire de l’Académie française de 1835, un « écart d’imagination » et une « erreur de jugement » tant politique que pénale.

Surdimensions grotesques

Aberration, tout d'abord, parce que l’évolution de la criminalité en France ne justifie en rien l’essor fulgurant de sa population carcérale après la décrue modérée de 1996-2001. Les cambriolages, vols de véhicules et vols à la roulotte (qui constituent les trois quarts des crimes et délits enregistrés par les autorités) diminuent tous régulièrement depuis 1993 au moins ; les homicides et coups mortels refluent depuis 1995, d’après les données de la police, et depuis 1984 selon les relevés de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; les vols avec violence, qui obnubilent les grands médias, outre qu’ils se composent principalement de « violences » verbales (insultes, menaces), sont en recul depuis vingt ans.

Au total, c’est moins la criminalité qui a changé ces dernières années que le regard que politiques et journalistes, en tant que porte-voix des intérêts dominants, portent sur la délinquance de rue et sur les populations censées l’alimenter. Au premier rang desquelles figurent les jeunes de milieu populaire issus de l’immigration maghrébine, parqués dans les cités périphériques éviscérées par trois décennies de dérégulation économique et de retrait urbain de l’Etat, plaies béantes que le cataplasme administratif de la « politique de la ville » a échoué à cautériser.

Aberration, ensuite, parce que la criminologie comparée établit qu’il n’existe nulle part - dans aucun pays et à aucune époque - de corrélation entre le taux d’emprisonnement et le niveau de la criminalité . Parfois donnés en exemple, la politique policière de « tolérance zéro » et le quadru -plement en un quart de siècle des effectifs incarcérés outre-Atlantique n’ont joué qu’un rôle décoratif dans une baisse des contentieux due à la conjonction de facteurs économiques, démographiques et culturels.

En tout état de cause, la prison ne traite dans le meilleur des cas qu’une partie infime de la criminalité, même la plus violente aux Etats-Unis. qui pourtant disposent d’un appareil policier et carcéral grotesquement surdimensionné, du fait de l’évaporation cumulative aux différentes étapes de la chaîne pénale, les quatre millions d’atteintes les plus sérieuses contre les personnes détectées en 1994 par les enquêtes de « victimation » (homicides, coups et blessures aggravés, vols avec violence, viols) ont donné lieu à moins de deux millions de plaintes à la police, qui ont motivé 780 000 arrestations, qui elles-mêmes n’ont conduit, en fin de course, qu’à 117 000 entrées en prison, soit ne sanctionnant que 3 % des actes perpétrés.

Le même « effet d’entonnoir » s’observe dans le fonctionnement de la justice pénale en France, où moins de 2 % des contentieux portés devant les parquets donnent lieu à une peine d’enfermement. C’est dire si la prison est inadaptée à lutter contre la petite et moyenne délinquance, et à plus forte raison contre les « incivilités », dont la plupart ne relèvent même pas du code pénal (regards de travers, insultes, bousculades, rassemblements et chahuts dans les lieux publics, petites dégradations, etc.).

En troisième lieu, le recours-réflexe à l’incarcération pour juguler les désordres urbains est un remède qui, dans bien des cas, ne fait qu’aggraver le mal qu’il est censé guérir. Institution basée sur la force et opérant en marge de la légalité, la prison est un creuset de violences et d’humiliations quotidiennes, un vecteur de désaffiliation familiale, de méfiance civique et d’aliénation individuelle. Et, pour bien des détenus marginalement impliqués dans des activités illicites, c’est une école de formation, voire de « professionnalisation », aux carrières criminelles. Pour d’autres, et ce n’est guère mieux, l’enfermement est un gouffre sans fond, un enfer hallucinatoire qui prolonge la logique de destruction sociale qu’ils ont connue à l’extérieur en la redoublant d’un broyage personnel. L’histoire pénale montre, en outre, qu’à aucun moment et dans aucune société la prison n’a su accomplir la mission de redressement et de réintégration sociale qui est censée être la sienne dans une optique de réduction de la récidive. Tout - de l’architecture à l’organisation du travail des gardiens en passant par l’indigence des ressources institutionnelles (travail, formation, scolarité, santé), le tarissement délibéré de la libération en conditionnelle et l’absence de mesures concrètes d’aide à la sortie - s’oppose à sa fonction supposée de « réforme » du repris de justice.

En dernier lieu, il faut rappeler à ceux qui justifient l’intensification de la répression pénale dans les quartiers déshérités en invoquant que « la sécurité est un droit, l’insécurité une inégalité sociale », laquelle touche en priorité les citoyens d’en bas, que la contention carcérale frappe de façon disproportionnée les catégories sociales les plus fragiles économiquement et culturellement, d’autant plus durement qu’elles sont plus démunies. Comme leurs homologues des autres pays postindustriels, les détenus français proviennent massivement des fractions instables du prolétariat urbain. Issus de familles nombreuses (les deux tiers ont au moins trois frères et sœurs) qu’ils ont quittées jeunes (un sur sept est parti de chez lui avant 15 ans), ils sont majoritairement dépourvus de titres scolaires (les trois quarts sont sortis de l’école avant 18 ans, contre 48 % de la population des hommes adultes), ce qui les condamne à vie aux secteurs périphériques de la sphère d’emploi.

La moitié sont fils d’ouvriers et d’employés, et la moitié sont ouvriers eux-mêmes ; quatre détenus sur dix ont un père né à l’étranger, et 24 % sont eux-mêmes nés hors de l’Hexagone . Or lincarcération ne fait qu’intensifier la pauvreté et l’isolement : 60 % des sortants de prison sont sans emploi, comparé à 50 % parmi les entrants ; 30 % ne sont soutenus ni attendus par personne ; un gros quart ne dispose d’aucun argent (moins de 15 euros) pour faire face aux frais occasionnés par la libération ; et un sur huit n’a pas de logement à sa sortie. De plus, l’impact délétère de l’incarcération ne s’exerce pas sur eux seuls, mais aussi, et de manière plus insidieuse et plus injuste, sur leur famille détérioration de la situation financière, délitement des relations amicales et de voisinage, étiolement des liens affectifs, troubles de la scolarité chez les enfants et perturbations psychologiques graves liées au sentiment de mise à l’écart alourdissent le fardeau pénal imposé aux parents et conjoints de détenus,

Au demeurant, le raisonnement de gros bon sens selon lequel l’inflation carcérale se traduirait nécessairement par une réduction mécanique de la criminalité du fait de son effet de « neutralisation » des condamnés mis hors d’état de nuire se révèle spécieux à l’analyse. Car, dès lors qu’il s’applique à la délinquance d’opportunité, l’enfermement à tout-va revient à « recruter » de nouveaux délinquants par effet de substitution. Ainsi, un petit trafiquant de drogue placé en détention est immédiatement remplacé par un autre pour autant que subsiste une demande solvable pour sa marchandise et que les espérances de profit économique en valent la chandelle. Et si ce successeur est un novice sans réputation sur la place, il sera plus enclin à la violence pour s’établir et sécuriser son commerce, ce qui se traduira globalement par un surcroît d’« illégalismes ».

Pour éviter une escalade pénale sans fin et sans issue, il faut reconnecter le débat sur la délinquance avec une question majeure du siècle naissant à laquelle il fait aujourd’hui écran : l’avènement du salariat désocialisé, vecteur d’insécurité sociale et de précarisation matérielle, familiale, scolaire, sanitaire, et même mentale. Car on ne peut plus ordonner sa perception du monde social et concevoir l’avenir quand le présent se bouche et se mue en une lutte sans répit pour la survie au jour le jour.

Faux experts, vrais idéologues

Il ne s'agit pas ici de nier la réalité de la criminalité ni la nécessité de lui donner une réponse, ou plutôt des réponses, y compris pénale quand cette dernière est appropriée. Il s’agit de bien comprendre sa genèse, sa physionomie changeante et ses ramifications en la « réencastrant » dans le système complet des rapports de force et de sens dont elle est l’expression. Il importe pour cela de cesser de se gaver de discours apocalyptiques et d’ouvrir un débat rationnel et informé sur les illégalismes, leurs ressorts et leurs significations. Ce débat doit d’abord préciser pourquoi il se focalise sur telle ou telle des manifestations de la délinquance - sur les cages d’escalier des cités plutôt que sur les couloirs des hôtels de ville, les vols de cartables et de portables plutôt que sur les malversations boursières et les infractions au code du travail ou des impôts, etc.

Il doit sortir du court terme et de l’émotion de l’actualité journalistique pour distinguer entre les sautes d’humeur et les lames de fond, les variations accidentelles et les tendances du long terme, et ne pas confondre la montée de la peur, de l’intolérance ou de la préoccupation du crime avec l’augmentation du crime lui-même. Mais surtout, une politique intelligente de l’insécurité criminelle doit reconnaître que les actes délinquants sont le produit non pas d’une volonté individuelle autonome et singulière, mais d’un réseau de causes et de raisons multiples qui s’enchevêtrent selon des logiques variées (prédation, parade, aliénation, transgression, affrontement à l’autorité, etc.), et donc qu’ils appellent des remèdes divers mettant en place une pluralité de mécanismes de freinage et de diversion. Car, peu applicable, le traitement policier et pénal que d’aucuns présentent comme la panacée se révèle dans bien des circonstances pire que le mal pour peu qu’ on comptabilise ses « effets collatéraux ».

La criminalité est un problème trop sérieux pour être laissé aux faux experts et aux vrais idéologues, et pis encore aux policiers et aux politiciens empressés d’exploiter le problème sans le peser ni le maîtriser. Ses transformations appellent non pas un abandon, mais un renouveau de l’approche sociologique qui seule peut nous arracher au pornographisme sécuritaire qui réduit la lutte contre la délinquance à un spectacle ritualisé ne servant qu’à abreuver les fantasmes d’ordre de l’électorat et à signifier l’autorité virile des décideurs d’Etat.

La prison n’est pas un simple bouclier contre la délinquance, mais une arme à double tranchant un organisme de coercition à la fois criminophage et criminogène qui, lorsqu’il se développe à l’excès, comme aux Etats-Unis durant le dernier quart de siècle ou en Union soviétique à l’ère stalinienne, en vient à se muer en vecteur autonome de paupérisation et de marginalisation.

Loïc WACQUANT.

mercredi, 17 août 2011

"L'Eglise chez elle et l'Etat chez lui", Discours prononcé par Victor Hugo le 14 janvier 1850 lors de la discussion de la loi Falloux.

Je ne veux pas de la loi qu’on vous apporte.

Pourquoi ? Messieurs cette loi est une arme. Une arme n’est rien par elle-même, elle n’existe que par la main qui la saisit.

Or, quelle est la main qui se saisira de cette loi ? Là est toute la question.

Messieurs, c’est la main du parti clérical !

Je redoute cette main, je veux briser cette arme, je repousse ce projet.

Cela dit, j’entre dans la discussion.

Je m’adresse au parti qui a, sinon, rédigé, du moins inspiré le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je ne sais pas s’il est dans l’assemblée, mais je le sens un peu partout. Il a l’oreille fine il m’entendra. Je m’adresse donc au parti clérical, et je lui dis cette loi est votre loi.

Tenez, franchement, je me défie de vous. Instruire, c’est construire. Je me défie de ce que vous construisez.

Je ne veux pas vous confier l’enseignement de la jeunesse, l’âme des enfants, le développement des intelligences neuves qui s’ouvrent à la vie, l’esprit des générations nouvelles, c’est-à-dire l’avenir de la France, parce que vous le confier, ce serait vous le livrer.

Il ne me suffit pas que les générations nouvelles nous succèdent, (mais) qu’elles nous continuent. Voilà pourquoi je ne veux ni de votre main, ni de votre souffle sur elles. Je ne veux pas que ce qui a été fait par nos pères soit défait par vous. Après cette gloire, je ne veux pas de cette honte.

Votre loi est une loi qui a un masque. Elle dit une chose et elle en ferait une autre. C’est une pensée d’asservissement, qui prend les allures de la liberté. C’est une confiscation intitulée donation. Je n’en veux pas.

Je repousse votre loi. Je la repousse parce qu’elle confisque l’enseignement primaire, parce qu’elle dégrade l’enseignement secondaire, parce qu’elle abaisse le niveau de la science, parce qu’elle diminue mon pays.

Je la repousse parce que je suis de ceux qui ont un serrement de cour et la rougeur au front toutes les fois que la France subit, pour une cause quelconque une diminution de territoire, ou une diminution de grandeur intellectuelle, comme par votre loi !

Avant de terminer, permettez-moi d’adresser, du haut de la tribune, au parti clérical, au parti qui nous envahit, un conseil sérieux.

Ce n’est pas l’habileté qui lui manque. Quand les circonstances l’aident, il est fort, très fort, trop fort ! Il sait l’art de maintenir une nation dans un état mixte et lamentable, qui n’est pas la mort, mais qui n’est plus la vie. Il appelle cela gouverner. C’est le gouvernement par la léthargie.

Mais qu’il y prenne garde, rien de pareil ne convient à la France. C’est un jeu redoutable que de lui laisser entrevoir - seulement entrevoir - à cette France, l’idéal que voici la sacristie souveraine, la liberté trahie, l’intelligence vaincue et liée, les livres déchirés, le prône remplaçant la presse, la nuit faite dans les esprits par l’ombre des soutanes, et les génies matés par les bedeaux.

C’est vrai, le parti clérical est habile ; mais cela ne l’empêche pas d’être naïf. Quoi ! il redoute le socialisme ! Quoi ! il voit monter le flot, à ce qu’il dit, et il oppose à ce flot qui monte je ne sais quel obstacle à claire-voie. Il s’imagine que la société sera sauvée parce qu’il aura combiné, pour la défendre, les hypocrisies sociales avec les résistances matérielles et qu’il aura mis un jésuite partout où il n’y a pas de gendarme !

Qu’il y prenne garde, le XIXè siècle lui est contraire. Qu’il ne s’obstine pas, qu’il renonce à maîtriser cette grande époque pleine d’instincts profonds et nouveaux, sinon il ne réussira qu’à la courroucer, il développera imprudemment le côté redoutable de notre temps, et il fera surgir, des éventualités terribles.

Oui, avec le système qui fait sortir, l’éducation de la sacristie et le gouvernement du confessionnal. Que le parti clérical le sache, partout où il sera, il engendrera des révolutions ; partout, pour éviter Torquemada, on se jettera dans Robespierre. Voilà ce qui fait du parti qui s’intitule le parti catholique un sérieux danger publie. Et ceux qui, comme moi, redoutent également le bouleversement anarchique et l’assoupissement sacerdotal, jettent le cri d’alarme. Pendant qu’il est encore temps qu’on y songe bien !

Oui, l’Italie est, de tous les Etats de l’Europe, celui où il y a le moins de natifs sachant lire ! L’Espagne, magnifiquement dotée, a perdu, grâce à votre joug, qui est un joug de dégradation et d’amoindrissement, ce secret ide la puissance qu’elle tenait de Dieu, et en échange de tout ce que vous lui avez fait perdre, elle a reçu de vous l’Inquisition.

C’est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous dites : Voici une liberté ! Quand vous faites une proscription, vous criez : Voilà une amnistie

Ah ! je ne vous confonds pas avec l’Eglise, pas plus que je ne confonds le gui avec le chêne. Vous êtes les parasites de l’Eglise ; vous êtes la maladie de l’Eglise. Ignace est l’ennemi de Jésus. Vous êtes non les croyants, mais les sectaires d’une religion que vous ne comprenez pas, les metteurs en scène de la sainteté. Ne mêlez pas l’Eglise à vos affaires, à vos combinaisons, à vos stratégies, à vos doctrines, ?à vos ambitions.

Surtout ne l’identifiez pas avec vous. Voyez le tort que vous lui faites.

Vous vous faites si peu aimer que vous finiriez par la faire haïr !

Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C’est un vieux parti qui a des états de service. C’est lui qui monte la garde à la porte de l’orthodoxie. C’est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l’ignorance et l’erreur. C’est lui qui a fait défense à la science et au génie d’aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu’a faits l’intelligence de l’Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l’histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. Il s’est opposé à tout.

C’est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas ; appliqué à Campanella vingt-sept fois la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création ; persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée, de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. Découvrir la loi du ciel, c’était une impiété ; trouver un monde, c’était une hérésie. C’est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion. Oh ! oui, certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le Parti catholique, et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons ! Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu’est -ce que vous me voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l’esprit humain.

Et vous voulez être les maîtres de l’enseignement ! Et il n’y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur, que vous acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé, par les génies, le trésor de la civilisation, l’héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez. Si le cerveau de l’humanité était là devant vos yeux, à votre discrétion, ouvert comme la page d’un livre, vous y feriez des ratures !

Et vous réclamez la liberté d’enseigner ! Tenez soyons sincères, entendons-nous sur la liberté que vous réclamez, c’est la liberté de ne pas enseigner.

Ah ! Vous voulez qu’on vous donne des peuples à instruire ! Fort bien ! Voyons vos élèves ! Voyons vos produits. Qu’est-ce que vous avez fait de l’Italie ? de l’Espagne ? Depuis des siècles, vous tenez dans vos mains, à votre discrétion, à votre école, sous votre férule, ces deux grandes nations, illustres parmi les plus illustres ; qu’en avez-vous fait ? Grâce à vous l’Italie, cette mère des génies et des nations, qui a répandu sur l’univers toutes les plus éblouissantes merveilles de la poésie et des arts, l’Italie qui a appris à lire au genre humain, l’Italie aujourd’hui ne sait pas lire !

Ce qui vous importune, c’est cette énorme quantité de lumière aujourd’hui plus éclatante que jamais, lumière qui fait de la nation française la nation éclairante, de telle sorte qu’on aperçoit la clarté de la France sur la face de tous les peuples de l’univers. Eh bien, cette clarté de la France, cette lumière libre, cette lumière qui ne vient pas de Rome, voilà ce que vous voulez éteindre, voilà ce que nous voulons conserver ! Tenez, vous venez de Rome ; je vous en fais compliment. Vous avez eu là-bas un beau succès. Vous venez de bâillonner le peuple romain, maintenant vous voulez bâillonner le peuple français. Je comprends, cela est encore plus beau, cela tente. Seulement prenez garde ! c’est malaisé. Celui-ci est un lion tout à fait vivant.

A qui en voulez-vous donc ? Je vais vous le dire. Vous en voulez à la raison humaine. Pourquoi ? Parce qu’elle fait le jour."

jeudi, 11 août 2011

Laïcité et égalité, leviers de l’émancipation par Henri Pena-ruiz.

A propos des lois politiques, le curé Lacordaire a dit l’essentiel : « Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » Ainsi, en période de chômage, la loi qui réglemente le licenciement protège les salariés contre le diktat de la force économique. Dans une communauté de droit comme la République, la loi politique, vecteur de l’intérêt général, permet de soustraire les rapports des hommes à l’empire multiforme de la force. La laïcité réalise une telle exigence, et ne favorise ainsi que ce qui est d’intérêt commun. Elle promeut, avec l’autonomie morale et intellectuelle des personnes, la liberté de conscience, ainsi que la pleine égalité de leurs droits, sans discrimination liée au sexe, à l’origine ou à la conviction spirituelle.

La laïcité n’a jamais été l’ennemie des religions, tant que celles-ci s’expriment comme démarches spirituelles et ne revendiquent aucune emprise sur l’espace public. La séparation juridique de la puissance publique d’avec toute Eglise et tout groupe de pression, qu’il soit religieux, idéologique ou commercial, est pour cela essentielle. L’école publique et l’ensemble des services publics doivent être protégés contre toute intrusion de tels groupes de pression.

Il s’agit aujourd’hui de savoir si un espace public vecteur d’émancipation va pouvoir subsister. Qui ne voit que la valorisation excessive des différences, si constamment à la mode, conduit à la guerre ? En période de tensions sociales et internationales, il est grave de laisser croire que ces « différences » doivent pouvoir s’exprimer n’importe où, sans conditions. On expose ainsi les personnes qui entendent rester libres, et refusent tout fanatisme de la différence religieuse ou culturelle, à être couvertes de honte, stigmatisées, voire agressées.

Les auditions de la commission Stasi ont mis en évidence la gravité des menaces qui pèsent sur ces personnes, dont certaines ont tenu à témoigner en audiences privées par peur de représailles. Est-il acceptable que, dans les banlieues dites sensibles, des jeunes femmes soient insultées, voire violentées parce qu’elles refusent de porter le voile ? Est-il acceptable que des professeurs soient récusés en raison de leur sexe ou du contenu de leur enseignement, par exemple sur l’évolution des espèces en biologie ou sur le génocide des juifs en histoire ? Est-il acceptable que, du droit légitime à se nourrir selon ses habitudes culturelles, on puisse glisser à la revendication de tables de cantine communautaristes ?

La naïveté n’est pas de mise. Dans la défense du port de signes religieux, en particulier à l’école, certains sont de bonne foi, même s’ils méconnaissent manifestement les exigences propres du lieu scolaire. Mais d’autres n’ont rien d’enfants de chœur. Il s’agit de groupes organisés qui conjuguent l’utilisation sophistique la plus habile de la rhétorique de la liberté et de la tolérance, là où ils n’ont pas encore le pouvoir, et les menaces assorties de violences diverses dans les quartiers où ils le détiennent de facto. Il est triste que certaines organisations – pourtant vouées à la défense de l’idéal laïque et des libertés – soient encore aveuglées et manifestent leur hostilité à une mesure législative destinée à conforter la laïcité. L’esprit laïque s’est-il affaissé en même temps que la défense résolue des acquis sociaux ?

Amalgame entre religion et identité. 

Il est navrant d’assister à une confusion conceptuelle qui conduit à traiter comme raciste toute mise en cause polémique d’une religion. Notons d’ailleurs l’aberration d’un tel confusionnisme. Le racisme vise un peuple comme tel. Quel peuple vise la critique de l’islam ? La population arabe ? Elle est démographiquement minoritaire parmi les musulmans... Le poison de l’amalgame entre culture et religion, ou encore entre religion et identité, fausse constamment les débats.

S’il faut poursuivre en justice un écrivain qui tourne en dérision l’islam, alors il faudra également bannir des bibliothèques Voltaire, lui qui écrivait « écrasons l’infâme » à propos du cléricalisme catholique, ou Spinoza, qui n’avait pas de mots assez durs pour les théologiens rétrogrades. Le colonialisme, le racisme, la discrimination au nom de l’origine sont des abjections. C’est entendu. Mais l’oppression des femmes, le credo imposé, le marquage identitaire exclusif, la religion convertie en domination politique n’en sont-elles pas également ? Et devra-t-on se taire devant les secondes abjections sous prétexte de lutter contre les premières ?

Certes, une mesure législative interdisant les signes religieux ostensibles ne règle pas tout – d’ailleurs elle ne le prétend pas. Mais elle sauve l’espace public, commun à tous, du danger qui le guette si, au nom de la tolérance ou d’une laïcité prétendue « ouverte » ou « plurielle », on en vient à le fragmenter, à faire des concessions aux communautarismes, à briser l’unité de loi qui, en République, délivre des groupes de pression. La laïcité n’a pas besoin d’adjectif. Depuis dix ans, la laïcité dite « ouverte » a fait la preuve de son échec. Les représentants du principal syndicat des chefs d’établissement, ainsi que de nombreux professeurs, ont dit leur lassitude de devoir faire du « droit local », c’est-à-dire d’être livrés à la géométrie variable des rapports de forces. C’est ce message, et les cris de détresse des femmes qui ne renient pas leur culture ni leur spiritualité mais n’entendent plus être asservies ou menacées quotidiennement, que la commission a voulu entendre en proposant une grande loi sur la laïcité, appliquant les mêmes exigences à toutes les religions, et qu’il est pour le moins inadmissible et faux de présenter comme une loi d’exception et de stigmatisation.

La commission Stasi n’était pas d’emblée acquise à l’idée de cette loi, et c’est très librement, en leur âme et conscience, que ses membres s’y sont ralliés. La diversité même de ces membres suffit à récuser tout procès d’intention.

L’école laïque est un des derniers lieux à mettre en avant ce qui unit tous les êtres humains plutôt que ce qui les divise. C’est pourquoi elle n’a pas à encourager le différencialisme identitaire, ou la stigmatisation sexiste, que le motif en soit religieux ou non. Elle ne nie pas pour autant les « différences », comme le prétend la sempiternelle rengaine de certains – parmi lesquels d’authentiques antirépublicains. Elle se soucie simplement que leur régime d’affirmation reste compatible avec l’universalisme des droits et la liberté reconnue à chacun de se définir, voire de se redéfinir, sans subir d’allégeance obligée à un groupe.

Apprendre les mathématiques ou l’histoire, ce n’est pas comme acheter des timbres à La Poste ou prendre le train. L’attitude de recherche et d’ouverture au savoir est incompatible avec l’affirmation péremptoire d’une identité plus fantasmée que librement choisie, surtout à un âge où l’on se construit. Le lieu scolaire n’est pas anodin, et il est irrecevable de lui appliquer le même régime de libertés qu’à la rue ou à la place publique. Beaucoup d’élèves sont mineurs, et il semble irréaliste de prétendre qu’ils disposent pleinement d’eux-mêmes en ce qu’ils sont ou en ce qu’ils font. Une fillette voilée de 13 ans qui récite par cœur un avis du Conseil d’Etat donne une petite idée de ce que peut recouvrir la « liberté des élèves ».

La concorde intérieure au lieu scolaire est très largement due au fait que les élèves ne songent pas d’abord à se marquer ou à se démarquer. Le feraient-ils, par l’effet de quelque pression malveillante, qu’on n’aurait pas à les y encourager. Cette règle n’interdit pas l’expression discrète d’une foi ou d’une conviction, mais proscrit toute manifestation d’appartenance religieuse par une tenue ou un signe. Des proviseurs ont fait état de regroupements d’élèves par affinités religieuses dans les cours de lycée, avec les risques de tensions et d’affrontements qui en découlent. Demain, des milliers de jeunes filles seront reconnaissantes à la République d’avoir su préserver leur droit de se rendre tête nue à l’école et de s’asseoir à côté des garçons avec le même statut qu’eux.

Qu’on ne vienne pas opposer ici le dialogue de la persuasion éducative et la loi, comme s’ils devaient former une alternative exclusive. On ne peut dialoguer et persuader quand, en même temps, se joue un bras de fer qui a pour objet de tester la résistance de la laïcité et de la République. C’est donc la loi qui permettra un vrai dialogue, car alors le sort de la norme ne sera plus en jeu. Chacun sait que la démarche pédagogique ne peut aller de pair avec un rapport de forces. Et comment croire ceux qui réclament le dialogue à l’école, sans interdiction du voile, alors que dans certaines cités sont caillassées ou injuriées les jeunes filles qui ont choisi d’être tête nue ?

Certes, la laïcité ne peut pas tout. Elle fait valoir à la fois des droits et des devoirs. Mais il existe des situations sociales qui rendent peu crédibles les droits et, partant, disposent mal ceux qui en sont victimes à assumer leurs devoirs à l’égard de la République laïque. Il serait injustifié d’en tirer la conclusion que les exigences de la laïcité sont illégitimes et de renoncer à les affirmer. D’autant que, dans nombre de cas, ce n’est pas l’injustice sociale qui est en cause, mais un projet politique d’opposition à la laïcité. Il n’en reste pas moins que le souci d’affirmer la laïcité ne peut se désintéresser des conditions sociales qui la rendent crédible.

La lutte politique contre la violence intégriste doit être comprise comme le souci de promouvoir une conscience lucide des vraies causes des problèmes, en lieu et place d’un diagnostic fallacieux qui incrimine la modernité, la République et l’émancipation laïque. Nous sommes devant une situation assez similaire à celle que décrivait Marx lorsqu’il s’en prenait non à toute conscience religieuse, mais à la religion utilisée comme « supplément d’âme d’un monde sans âme ». En Grande-Bretagne, le retrait de l’Etat et des services publics hors des « banlieues difficiles » a objectivement eu pour effet de « déléguer » la question sociale aux intégristes religieux, qui se paient le luxe de tenir un discours anticapitaliste. Il faut retenir cet exemple, et en tirer les conséquences pour notre pays.

L’intégrisme religieux est en réalité complice de la dérégulation libérale outrancière qui fait aujourd’hui des ravages. Objectivement, car il évite soigneusement de formuler le vrai diagnostic, qui doit mettre en cause le seul capitalisme. Subjectivement, car le maintien d’une conscience mystifiée qui fatalise la mondialisation capitaliste libérale en voulant y voir, par un amalgame malhonnête, la seule manifestation possible de la modernité, produit du désespoir en invalidant toute réelle alternative sociale et ne propose que la charité pour toute « solution ».

Il serait donc largement temps de réactiver simultanément les authentiques leviers de l’émancipation humaine : la lutte sociale et politique contre toutes les dérégulations capitalistes et pour la promotion des services publics, qui produisent de la solidarité et non de la charité ; la lutte pour une émancipation intellectuelle et morale de tous, afin qu’une conscience éclairée des vraies causes permette de résister aux fatalités idéologiques ; la lutte pour l’émancipation laïque du droit, gage de liberté de tous les êtres humains, ainsi promus à la véritable autonomie éthique – choisir son mode de vie, sa sexualité, son type de relation à autrui dans le respect des lois communes, accéder sans entrave à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

On objectera que les inégalités sociales et culturelles des familles hypothèquent l’égalité des chances à laquelle l’école publique et laïque contribue. Certes. Mais le diagnostic ne met pas en cause l’école elle-même : il renvoie aux injustices sociales et appelle donc une action appropriée.

L’existence de discriminations, reflet d’un racisme ordinaire persistant, doit être évoquée comme toile de fond de la réflexion, comme tout ce qui fragilise la laïcité. Entre autres, la discrimination à l’embauche, souvent subie sans recours, peut conduire ceux qui en sont victimes à désespérer du modèle républicain et des valeurs qui lui sont liées. Ainsi, alors que l’école laïque prône l’émancipation et s’efforce d’en réaliser les conditions intellectuelles, la société civile réintroduit une inégalité.

Il ne faut pas s’étonner ensuite qu’une sorte de conscience victimaire conduise à valoriser a contrario l’origine ainsi stigmatisée, voire à la mythifier par le fanatisme de la différence. Le risque de la dérive communautariste, dès lors, n’est pas loin. Il ne faut pas que la grandeur des principes soit démentie par la bassesse des pratiques. Car la laïcité n’est pas un particularisme accidentel de l’histoire de France, elle constitue une conquête à préserver et à promouvoir, de portée universelle.

Henri Pena Ruiz, Le Monde Diplomatique, février 2004.

mercredi, 10 août 2011

Les vieux et les morveux, par Caroline FOUREST

« La retraite à 18 ans ». C’est l’un des slogans créatifs entendu dans les manifestations lycéennes. L’utopie ferait rêver si elle n’était pas déjà réalisée : le chômage des jeunes. On peut toujours leur objecter des études plus ou moins savantes, il y a de quoi angoisser à l’idée de voir le marché du travail être bouché deux ans de plus par les « vieux ». « Seniors » serait plus respectueux. La solidarité entre les générations, affichée dans les mots, occulte toutefois une tension qui existe dans les faits. Celle d’une société écartelée.

 

On dirait un supplice moyenâgeux : la roue. Vous attachez le corps social par les pieds, puis par les jambes, et vous tirez. Côté gauche, les inégalités sociales. Côté droit, la pyramide des âges. Au milieu, la douleur.

 

Le haut du corps vieillit et ne comprend pas pourquoi il a des pieds si jeunes, qui trépignent et s’impatientent. Le moindre à-coup lui donne des palpitations. Le bras droit cherche un bâton pour trouver son équilibre.

 

Au-dessous du bâton, il y a les pieds, qui se sentent écrasés et se marchent dessus. Le pied directeur se veut « indépendant » (même s’il est parfois guidé) et « responsable ». Ce qui est vrai. On le trouve un peu vieux avant l’âge. Il manifeste pour les retraites avant même d’avoir un emploi. Ses parents ont connu l’âge d’or, le plein-emploi, Mai 68 et la désillusion idéologique. Lui sait que l’avenir sera sans pitié. Il trime à l’école, enchaîne les stages non rémunérés, ne trouve aucun logement lui permettant de quitter le domicile familial, où il trie ses déchets, ne lit plus beaucoup de livres mais beaucoup de sites, se mobilise pour les causes qu’il trouve justes, au cas par cas, sans grille de lecture idéologique a priori. La République sociale ne lui parle pas encore. La révolution le fait sourire. C’est un rêve de vieux.

 

Rage antisarkozyste

 

L’autre pied, plus maladroit sans être plus gauche, est agité, irresponsable, et surtout influençable. Il suit facilement des meneurs rêvant de jouer à la guérilla urbaine. On dit de lui que c’est un voyou, connu des services de police. Pourtant, c’est souvent la première fois qu’il enflamme une poubelle ou jette une pierre sur un policier. Pour se défouler, tuer le temps, et se faire remarquer. Surtout du président de la République. Celui pour qui ont voté les vieux et qui ne fait que les narguer. Garde à vue prolongée pour les mineurs, responsabilité pénale avancée… Il y a quelques années, c’était le bac qu’on démocratisait. Aujourd’hui, c’est plutôt la brigade anticriminalité (BAC), le Flash-Ball, la garde à vue et la prison.

 

C’est sûr, les deux pieds n’auront pas le même avenir. Et, pourtant, ils sont tous les deux notre avenir. N’en déplaise aux maniaques du nuancier, ces deux jeunesses ne se distinguent pas par la couleur. Mais par le degré de maturité et de pessimisme. Entre ceux qui espèrent avoir la même vie que leurs parents et ceux qui craignent de vivre encore plus mal. Qu’elle soit constructive ou totalement destructrice, leur protestation contre la réforme des retraites relève certainement plus du malaise, voire de la rage antisarkozyste, que de l’adhésion à un contre-projet. D’ailleurs, on ne voit pas bien en quoi l’allongement de la durée de cotisation favoriserait des jeunes qui entrent à 26 ans sur le marché du travail, quand ils y entrent…

 

Dans les deux cas, on nous prépare un avenir où les jeunes ne pourront pas traîner, étudier ou se cultiver. Ils devront être opérationnels au plus vite s’ils ne veulent pas être exclus ou mourir sur le marché. On peut les faire rêver à un monde meilleur, où la taxation du capital permettrait de sauver l’Etat protecteur sans tuer la croissance. Mais pas leur mentir, ni les bercer d’illusions, pour les faire marcher. Cette jeunesse-là n’a pas les moyens de se tromper.

 

Caroline Fourest

Le Monde du 22 octobre

mardi, 09 août 2011

Intervention de Caroline FOUREST à la Convention du Parti Socialiste sur l’égalité réelle


convention égalité Caroline Fourest par PartiSocialiste

 
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