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jeudi, 04 août 2011

Contre les attaques de la multi-nationalité : promouvoir la civilisation du métissage, par Amar THIOUNE, candidat à la Présidence de SOS Racisme

Depuis quelques mois, la question de la binationalité adage du Front national a été reprise par certains responsables politiques de la droite populaire.

La binationalité est le fait de posséder deux nationalités. Le développement des migrations et la mondialisation ont conduit à l’augmentation de la multi-nationalité.

En vertu du principe de souveraineté, la France considère le double national comme titulaire de l'ensemble des droits et obligations attaché à la nationalité française, qu'il s'agisse d'un français ayant acquis une autre nationalité ou d'un étranger devenu français.

Historiquement, la force de la France a été ses vagues successives de migrants qui s’assimilaient mais aussi conserver une part d’eux même.

Assimilation, intégration une vielle opposition qui n’est plus d’actualité.

Marine Le Pen a adressé une lettre à tous les députés pour les inviter à demander aux Français qui disposent d'une double nationalité de « choisir (leur) allégeance : la France ou un autre pays ». La droite populaire a repris à son compte cette réflexion. L’équipe de France de football et ses joueurs sont depuis longtemps pris comme cible pour ne pas connaître l’hymne national français ou pour disposer d’une pluralité de nationalités.

Les français issus de l’immigration ont pourtant dans leur très grande majorité accepté les valeurs de la République, renoncés à certaines pratiques, et conservés l’attachement pour leur culture d’origine. De nos jours, comme le chante Yannick Noah, on est « métisse » ! Franco-allemand, français etl algérien, franco-canadien, franco-marocain, franco-tunisien, franco-israélien, franco-gabonais, résident communautaire, résident étranger, on est malien et français, on est européen, on est citoyen du monde, on est parfois un patchwork de nationalités.

Ségolène Royale et Rama Yade sont nées à Dakar et pourraient voter dans les deux pays (ce qui inquiète profondément Marine Le Pen), Frédéric Mitterrand a la nationalité tunisienne et Johny Halliday a demandé la nationalité belge ; les exemples de personnalités françaises faisant partie des élites multiculturalisées sont florilèges, mais lorsque l’on parle de binationalité évidemment le cœur de cible des attaques concerne les noirs et les maghrébins.

La République française n'a jamais exigé qu'un étranger devenu français renonce à sa nationalité d'origine et cela doit demeurer ainsi.

Le droit international, le droit européen, et les accords interétatiques interdisent la déchéance ou retrait par la France de nationalité d’un Citoyen d’un Etat tiers, la proposition parait donc irréaliste. Les tentatives de déchéances de nationalité pour les meurtriers de policiers ont d’ailleurs échouées.

Pour certains, il faudrait pour être français renoncer à son autre nationalité, mais de nombreux Etats interdisent ce renoncement (au Maroc la nationalité est inaliénable).

Surtout, le faudrait-il ?

Bien entendu certains jeunes rêvent de leurs « pays », en fait celui de leurs parents ou grands parents, dans une vision mythifié ou parce qu’ils le connaissent via de brèves vacances sur place. Mais, la plupart d’entre eux, la majorité restent des Français en quête d’Egalité.

En 2011, Mayotte est devenu le 101ème département français (un DOM département d’outre mer à assemblée délibérante unique) ce qui a crée une angoisse sur le sort des nouveaux nés et les entrées irrégulières que cela pourrait susciter pour détourner la législation française et obtenir la nationalité française de facto. En effet, l’extrait de naissance des enfants nés à Mayotte représente pour beaucoup l’espoir de pouvoir rester sur le territoire français, et d’offrir à ces enfants un avenir meilleur.

Grâce à l’extrait de naissance qui certifie que l’enfant est né sur le territoire français, l’enfant pourra suivre une scolarité et prétendre à la nationalité à l’âge de 13 ans, à condition de justifier de 5 ans de présence sur le territoire. La mère, elle, ne peut plus être expulsée même si sa situation n’est pas régularisée.

Il convient d’approfondir la question des DOM et TOM et de leurs relations avec la métropole ; surtout, il convient d’expliquer que le cas particulier de Mayotte ne doit pas être instrumentalisé pour promouvoir la disparition du droit du sol. Nous devons convaincre et reconstituer le cordon sanitaire face aux tentatives de lepénisation des esprits !

La binationalité est une force, de nos jours nos élites sont multiculturelles et mondialisées. Elles ont compris l’intérêt de savoir parler chinois ou arabes. En France, nous sommes en retard dans la stratégie de nos entreprises à valoriser ces citoyens aux atouts non négligeables : la connaissance d’autres cultures, langues et modes de pensée.

Au niveau international, pour le développement économique la binationalité est un atout. Co-auteur de « la double nationalité, enjeux et motivations de la double appartenance », Zoubir Chattou ajoute que les pays d'émigration qui ont un temps restreint ce droit n'en ont plus la possibilité : « Dans un contexte de mobilité transnationale, de mondialisation, des Etats comme le Maroc ou le Mexique ne peuvent faire abstraction de l'apport financier que les citoyens installés à l'étranger représentent ». Selon lui, ces binationaux sont perçus par leur pays d'origine comme des investisseurs potentiels. A l'instar des turcs allemands qui reviennent au pays, le sociologue remarque qu'il y a beaucoup de belges et de français d'origine marocaine qui souhaitent s'établir au Maroc.

Tous ceux qui proposent la suppression de la binationalité proposent de faire perdre des chances à notre beau pays. Il faut le répéter et promouvoir la multi-appartenance comme une force.

Le FN et la droite populaire souhaiterait ramener nos jeunes à leurs origines, à des citoyens de seconde zone, et refuser de reconnaître qu’ils sont des citoyens à part entière. Nous devons rappeler sans cesse la légitimité et la force créatrice du droit du sol.

Le risque d‘un tel débat est de stigmatiser encore plus les populations immigrées et de mettre le pays sous tension comme le débat sur l’identité nationale l’a fait. Le risque est également d’aller plus loin dans le recul de la nationalité avec une remise en cause des naturalisations et régularisations réalisées dans les années soixante dix.

SOS Racisme doit devancer ces tentatives de reculs de droits en réaffirmant avec force les valeurs républicaines : la force du droit du sol et la légitimité de la multi-appartenance dans un monde mondialisé.

La disparition de l’apartheid en Afrique du Sud et l’élection du premier Président noir des Etats Unis, Barack Obama, sont la concrétisation de rêves d’une société métissée.

La société multiculturelle est honni des fascistes, Anders Behring Breivik (le tueur fasciste d’Oslo) a justifié son acte par la haine des musulmans et des élites multiculturelles, SOS Racisme doit promouvoir la civilisation du métissage.

Amar THIOUNE

candidat à la Présidence de SOS Racisme

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