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lundi, 18 juillet 2011

Notre priorité, combattre l'extrême droite et le FN

Comme je le disais dans un billet précédent, je soutiens activement la candidature d'Amar THIOUNE à la Présidence nationale de SOS Racisme.

Je publierai donc de temps en temps des extraits de son projet.


Notre priorité, combattre l'extrême droite et le FN

 

L’égalité et la fraternité, principes fondateurs de notre République n’existeront pas tant que nous aurons un Front National à plus de 10% dans le paysage électoral.

Il faut refaire de la lutte contre l’extrême droite et le Front national une priorité. Toutes nos propositions, si ambitieuses soient telles, n’aboutiront jamais dans un espace politique dominé par les thématiques d’extrême droite et la menace d’un Front National à plus de 20%.

Dans les années qui viennent l’antiracisme et particulièrement SOS Racisme doit réussir à renvoyer le Front National d’où il vient, à savoir un groupuscule minoritaire, raciste et antisémite qui ne pèse pas dans le débat public.

Pour cela, nous devons persuader les Français attirés par la préférence nationale et ces thèses racistes à faire le pari du système républicain pour construire une France plus juste et plus égalitaire. La mobilisation militante et citoyenne lors du concert pour l’égalité du 14 juillet a montré que c’est possible.

***

Le Combat contre l’extrême droite doit être la priorité pour SOS Racisme dans les années qui viennent.

Depuis quelques années nous constatons une banalisation des idées de l’extrême droite et une progression des partis populistes qui se manifeste de plusieurs manières :

  1. la banalisation des idées et thématiques portées par l’extrême droite dans un contexte de crise économique et de stigmatisation banalisée des figures de l'immigré, du pauvre, des jeunes;
  2. l'émergence de partis dits identitaires, défendant un nationalisme ethnocentrique partout en Europe;
  3. l’alliance électorale assumée entre des partis classiques et des partis d’extrême droite

Ce renouveau récent des extrêmes droites européennes autour de plusieurs points particulièrement préoccupants impose une nouvelle réflexion et de nouveaux modes d’action de la part de SOS Racisme.

Ce combat contre l’extrême droite ne peut se faire sans comprendre les causes historiques qui sont à l’origine de l’installation progressive du Front National dans notre paysage politique. L’existence du Front national a été parfois indirectement soutenue par les partis de gouvernement qui voyaient en l’Extrême Droite un allié objectif pour devenir majoritaire sans être obligé de s’allier avec lui ni de cautionner ses thèses racistes et populistes. L’idée que le FN pose « les bonnes questions » à petit à petit fait son chemin : immigration, laïcité, islam.

La lutte contre l’extrême droite est essentielle en raison de sa vision xénophobe, raciste, homophobe et antisémite. Ce combat est incontournable pour permettre la victoire de nouveaux droits et faire de l’égalité une réalité. En effet, tant que le FN disposera de 15 à 25% d’intentions de votes aucune nouvelle victoire en matière d’égalité, de lutte contre les discriminations ou pour un meilleur accueil des étrangers ne sera possible. Marine Le Pen et son discours de haine joue comme un pistolet sur le camp républicain l’empêchant d’affronter les difficultés sans passions.

La fin du cordon sanitaire autour du FN

En effet, au cours de la période 1982-2002, la stratégie de la gauche française a été d’imposer à la Droite républicaine dans le but de l’affaiblir le choix entre un rapprochement immoral avec le Front National et une défaite électorale. Le Front National trouve là une occasion en or d’exister et d’arbitrer le débat républicain.

L'introduction de la proportionnelle en 1986 va donner une identité politique au Front National et va l’installer dans le giron de la République avec l’entrée à l’Assemblée Nationale de plusieurs élus frontistes.

Pendant plusieurs années, la Gauche a su bénéficier de cette présence du Front National pour affaiblir la Droite républicaine mais s’est rapidement fait dépasser par cette tactique. Le FN s’est maintenu dans de nombreuses circonscriptions lors des élections législatives de 1997 ce qui a permis à Lionel Jospin et à la Gauche de devenir majoritaire. Mais, la victoire a été de courte durée. Sentant le danger politique et l’enracinement de l’extrême droite, lors des régionales de 1998 des élus de la Droite républicaine cèdent dans plusieurs régions à la tentation d’une alliance avec le Front National pour battre la Gauche (Rhône Alpes, Hérault…).

Le camp antiraciste et républicain, SOS Racisme en tête, a dénoncé ces graves dérives et a permis de faire éclater une bonne partie de ces alliances. Grâce au travail de notre association, le Front national a été condamné dans plusieurs de ses tentatives de mettre en œuvre des politiques racistes et discriminatoires comme cela fut le cas à Vitrolles.

La défaite de Lionel Jospin et de la Gauche dès le premier tour de la présidentielle, le 21 avril 2002 apparut comme un coup de tonnerre. Pourtant, elle est le résultat de 20 ans de reculs et renoncements sur nos sujets. Les Républicains se réveillent le 22 avril avec la gueule de bois car elle ne se doutait pas comme le disait Brecht que « Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ». La bête immonde est revenue essentiellement à cause de l’échec des partis de gouvernement à proposer des solutions à la crise économique et aux enjeux de notre société métissée.

Malgré de nombreuses propositions en faveur d’une société métissée ayant à cœur l’Egalité, le projet de société que SOS Racisme incarne n’a pas réussi à trouver l’écho nécessaire auprès des décideurs français. La course aux électeurs FN et la prétendue lutte contre l’insécurité ont monopolisé l’action gouvernementale au détriment de la politique de la ville et des actions citoyennes.

L’Instrumentalisation des thèmes du Front National par la Droite républicaine et l’absence de solutions à Gauche

Dès son entrée au Ministère de l’Intérieur en 2002 et dans la perspective des présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy construit son image, sur la revendication d'un discours se voulant "décomplexé", notamment sur l'insécurité et l'immigration. Il ratisse large sur sa droite pour être élu Président de la République. Il bafoue les valeurs de la République avec le Ministère de l’immigration et de l’identité nationale faisant croire que l’immigration est une menace pour la France et en instituant la notion d'identité nationale particulièrement réductrice, ethnocentrique et essentialisante.

Son Gouvernement et son parti l’UMP instrumentalisent les thèmes de l’Extrême Droite avec le débat sur l’Identité nationale. Ils libèrent la parole raciste. Le projet des test ADN renforce l’imaginaire de l’immigré potentiellement délinquant. Et enfin le discours de Grenoble scelle un choix délibéré de Nicolas Sarkozy de diviser les français et de jouer avec les relents nationalistes. Cette stratégie a remis le Front National au centre du débat politique public autour de ses thèmes de prédilection tels que l'immigration, l'insécurité ou l'islam.

La Droite a couru après les électeurs FN en se réappropriant certains de ses thèmes, mais le siphonage des voix frontistes a échoué ; la Gauche, quant à elle, malgré des prises de positions en faveur de la défense d'un idéal républicain social et d'ouverture manque de courage et de force de propositions. Elle est demeurée incapable d’empêcher la régression des droits (en particulier en matière de droits des étrangers ou de justice des mineurs) et trop souvent silencieuse sur la question du vivre ensemble. Le camp républicain ne parvient pas à avoir un discours clair sur ces thèmes qui deviennent prépondérant pour les français déçus de nos gouvernants notamment du fait de la crise économique et de la méfiance grandissante à l’égard des élites et de l’Europe.

Les déçus de nos gouvernants et des partis de gouvernement se tournent de plus en plus vers l’Extrême Droite qui s’est renouvelée avec l’arrivée de Marine Le Pen, celle-ci ayant lissé son discours pour embellir l’image de son Parti.

Manifestement, le cordon sanitaire républicain instauré grâce à SOS Racisme dans les années 80 a disparu, le refus de choisir entre les candidats FN et ceux de gauche lors des élections cantonales de 2011 le démontre.

Il nous faut le reconstruire en responsabilisant ceux qui seraient tentés de sacrifier leur honneur pour des postes.

En 2011-2012, SOS Racisme devra œuvrer à déconstruire le discours du Front National, démonter le mensonge de son « lissage marketing » et combattre partout les tentations d’alliance.

Le combat contre l’extrême droite ne pourra pas réussir sans un travail de fond au niveau européen.

Au delà de nos frontières l’Extrême Droite monte aussi en puissance.

Le constat de la renaissance de l’Extrême Droite est un phénomène qui est à observer au delà de nos frontières. Les thèses des partis populistes et xénophobes rencontrent une adhésion de plus en plus forte et permettent des succès électoraux de plus en plus souvent spectaculaires partout en Europe.

Au Pays Bas, Geert Wilders et son parti de la liberté (PVV) obtiennent 24 sièges sur 150, le 9 juin 2010. En Hongrie, Le Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie) fait 16,68% aux élections législatives en avril 2010. En Suède, les Démocrates suédois (SD) entrent pour la première fois au parlement en septembre 2010 avec une position de blocage ou d’arbitre, en revendiquant ouvertement une rhétorique anti-immigré. En Italie, la Ligue du Nord obtient 10,2% des suffrages aux élections européennes de 2009 et s'allie au parti de Silvio Berlusconi dans le cadre d’une coalition (Peuple pour la liberté) pour les élections régionales de mars 2010. En Autriche, le Parti autrichien de la liberté (35 sièges) et l’Alliance pour l’avenir de l’Autriche (21 sièges) siègent au parlement. En Grèce, le LAOS (Alerte populaire orthodoxe) a bénéficié des effets de la crise et obtenu 15 sièges soit 5 de plus qu’en 2007, etc.

Le constat est sans appel : l’internationale fasciste obtient des victoires électorales et une légitimité politique dans de nombreux Etats européens.

La prégnance des récentes controverses sur les prières de rue en France, la Burqa en Belgique, le référendum suisse interdisant la construction de minarets ou l'affaire Thilo Sarrazin en Allemagne montrent combien la xénophobie en Europe est devenu un fond de commerce pour les responsables politiques incapables d’apporter des réponses aux défis sociaux et économiques qui se posent à nos sociétés et dont l’évolution mondialisée est pour eux trop rapide.

De ce fait, partout les partis populistes renforcent leur base électorale de façon croissante et feignent d’être devenus des partis respectables. En Angleterre, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Finlande, en France, en Hongrie, en Norvège, en Italie, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse, etc. la poussée de l’extrême Droite est spectaculaire. Plusieurs pays européens ont désormais des élus d’extrême droite voir des coalitions gouvernementales intégrant des responsables d’extrême droite.

Notre priorité, combattre l’Extrême Droite en France et en Europe et rendre nos idées majoritaires avec une majorité agissante. Il nous faut recréer une dynamique en faveur de l’antiracisme et contre le repli sur soi.

Aujourd’hui, le populisme est un phénomène politique dangereux qui menace les démocraties européennes et notre mission est bien celle de réaffirmer la dangerosité de l'idéologie xénophobe et de mener une réflexion et des actions orientées vers les modalités du vivre-ensemble au niveau national mais également à l’échelle Européenne.

SOS Racisme doit porter au niveau européen et international ce combat à travers une lutte sans précédent contre le Front national en France et l’Extrême Droite en Europe. La bataille des idées se joue désormais à cette échelle ; nous devons être présent et peser dans les débats du Parlement européen, de la société civile européenne, et travailler de concert avec les autres organisations européennes agissant contre l’extrême droite.

L’EGAM, European Grassroots Antiracist Movement, fondé en 2010 grâce à SOS Racisme devra être un outil européen efficace face à une construction européenne de plus en plus éloignée des préoccupations des peuples. L’EGAM permettra la mise en place des outils et des réseaux réactifs et adaptés. Ses réseaux nationaux et internationaux permettront de constituer une véritable internationale antiraciste face à l’internationale fasciste.

L’unité d’action des antiracistes doit devenir une priorité pour SOS Racisme. Aucun espace, aucun territoire européen ne devra être négligé.

Amar Thioune

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