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samedi, 02 février 2008

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous

 

 

Je ne sais pour quelle raison saugrenue un poème de Georges Brassens m’est venu à l’esprit en regardant le film Hedwig and the Angry Inch.

Je me permets de vous le livrer ici :

 

« Un vingt et deux septembre au diable vous partîtes,

Et, depuis, chaque année, à la date susdite,

Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous...

Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,

Plus une seule larme à me mettre aux paupières :

Le vingt- et- deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.  

 

On ne reverra plus, au temps des feuilles mortes,

Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte

Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...

Que le brave Prévert et ses escargots veuillent

Bien se passer de moi et pour enterrer les feuilles :

Le vingt-et-deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.  

 

Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,

Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle

Et me rompais les os en souvenir de vous...

Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,

L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne :

Le vingt - et - deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

 

Pieusement nous d'un bout de vos dentelles,

J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles

Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous...

Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,

Les regrets éternels à présent me dépassent

Le vingt - et - deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.  

 

Désormais, le petit bout de cœur qui me reste

Ne traversera plus l'équinoxe funeste

En battant la breloque en souvenir de vous...

Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,

A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :

Le vingt - et - deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous.  

 

Et c'est triste de n'être plus triste sans vous »

 

Découvert en classe de 1er, je ne pouvais douter qu’il deviendrait ainsi le métronome de ma vie.

 

Je l’ai compris cette nuit.

 

"Se souvenir ou oublier, c'est faire un travail de jardinier, sélectionner, élaguer. Les souvenirs sont comme les plantes : il y en a qu'il faut éliminer très rapidement pour aider les autres à s'épanouir, à se transformer, à fleurir. Ces plantes qui accomplissent leur destin, ces plantes épanouies se sont en quelque sorte oubliées elles-mêmes pour se transformer : entre les graines ou les boutures qui leur ont donné naissance et ce qu'elles sont devenues, il n'y a plus guère de rapport apparent ; la fleur, en ce sens, c'est l'oubli de la graine" (Marc Augé, Les formes de l'oubli )

 

 

Georges BRASSENS, Le 22 septembre

Commentaires

le même thème se trouve dans la recherche du temps perdu de Proust - je ne me rappelle plus où exactement. La tristesse du narrateur après la séparation est d'autant plus grande qu'il sait que l'oubli suivra et que même cette douleur qui le rattache à la personne qu'il a quitté, il la perdra.

Écrit par : laurent j | dimanche, 03 février 2008

Oui. Je crois: A l'ombre des jeunes filles en fleur, sans doute ? Je vais vérifier.

Écrit par : David | dimanche, 03 février 2008

Les commentaires sont fermés.

 
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